CHAPITRE 6
Grand, tu penseras

Juillet 1969. Le petit garçon de dix ans que j’étais alors n’oubliera jamais cette douce soirée d’été passée à scruter le ciel étoilé de Provence et à observer la lune avec des jumelles.
- Nous ne pourrons plus jamais regarder la lune de la même façon, car ce soir, un homme va marcher là-haut…
Pleine d’émotion ce soir-là, la voix de mon père résonne encore dans ma mémoire. Et le rêve qui illuminait mes yeux d’enfant m’apparaît intact. Ma main serrée dans la sienne, je regarde émerveillé le satellite naturel de la terre, si loin et si proche à la fois. Quelques mètres plus loin, dans le salon du mas de mes grands-parents à La Garde Adhémar, un téléviseur noir et blanc diffuse les images d’Armstrong foulant pour la première fois le sol lunaire. « “ Un petit pas pour l’homme, mais un grand pas pour l’humanité » ”… Et si ce rêve était surtout une formidable leçon de management ? Voire une superbe leçon de vie ?
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« “ Un projet est un truc qu’on ne sait pas faire ! Mais cette part d’inconnu présente quelque chose d’excitant, et nous rend capable de nous dépasser. Un programme, lui, est quelque chose d’ennuyeux. Il n’est que la reproduction plus ou moins identique de choses déjà vécues, sans enjeu mobilisateur » ”, explique Christian Lemoine.
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Dans sa tête, il faut toujours vouloir devenir un leader de son marché. Peu importe au fond la position à laquelle on finit par accéder. Leader local, leader national, leader mondial ? Je suis aujourd’hui convaincu que seule notre capacité à « “ penser grand » ” permet un vraide le devenir. Lorsque Ralph et moi avons créé PBRH Conseil en 1987, je me souviens d’avoir justement offert à mon futur associé le petit livre intitulé « “ Think Big » ”, de David J. Schwartz, paru en 1959 (l’année de ma naissance). Nul doute que la philosophie de vie préconisée par l’auteur, Américain, a largement influencé notre histoire, et par ricochet celle de nos collaborateurs. Pour ma part, je n’ai cessé de me rappeler ces deux mots magiques, chaque fois qu’un missile du destin menaçait d’exploser et d’anéantir notre travail, sinon nos vies. Car il y a bien de la magie dans la « “ pensée XXL » ” : notre attitude détermine bien notre altitude. « “ La vie est trop courte pour être petite » ”, écrivait Disraeli, qui savait combien la . Cette “ taille ” de notre pensée, l’échelle de nos objectifs, notre bonne humeur... tout cela, bien sûr, peut être influencée par notre environnement psychologique. Un séjour prolongé auprès d’individus négatifs nous fait peu à peu douter de nous-mêmes et de notre capacité à mener à bien nos projets même les moins fous. A l’inverse, rechercher la compagnie de gens ambitieux élève le niveau de notre pensée et celui de nos ambitions. D’où l’importance de se fabriquer un environnement qui travaille pour soi, et non pas contre.
(…)Mieux vaut ne pas écouter ceux dont le plus grand plaisir est de vous annoncer “ qu’on ne change pas de métier comme cela ”, “ qu’il est difficile de se réinventer ”, “ que l’on ne peut pas grandir tout en conservant ses valeurs ”, “ qu’il est impossible de rester des entrepreneurs quand l’entreprise connaît une forte croissance ” ou “ qu’il est impossible de gérer le long terme, quand le court terme demande toute votre attention ”. Ne me suis-je pas moi-même réinventé cinq ou six fois (NOTE: plusieurs serait plus modeste ) depuis ma sortie de l’ESSEC en 1982 ? Chacun de ces rôles successifs aura demandé des qualités spécifiques, révélées généralement au fur et à mesure des enjeux. Ainsi, mon rôle est-il moins aujourd’hui de diriger les opérations quotidiennes que d’anticiper notre avenir, de réinventer sans cesse notre entreprise et d’en faire autant un lieu excitant pour nos collaborateurs qu’un projet prometteur pour nos actionnaires. Certes, j’appelle moins régulièrement tel ou tel manager pour le féliciter de ses bons résultats. Certes, je ne suis plus immédiatement informé de tel ou tel problème survenu dans un magasin. Mais l’essentiel est désormais, sur ce front, de savoir mettre en place des hommes et des femmes capables de prendre le relais à coeur.

Le potentiel de chacun d’entre nous n’est que le reflet de son état d’esprit. La taille de nos succès dépend de la taille de notre pensée. Pour élargir celle-ci, il n’est pas interdit de pratiquer la « “ méthode Coué » ” dans la plupart des situations de la vie quotidienne. Répondre que l’on va « “ TRES bien » ” à la question la plus idiote du monde est un bon début pour aller mieux. S’attacher à bannir de son vocabulaire tous les mots négatifs ou agressifs à propos d’autrui est un excellent entraînement à la pensée positive. Tout comme de dire régulièrement un petit mot d’encouragement à ses collaborateurs ou à ses proches (cela élève également leur niveau d’énergie et de confiance en eux). Ne pas voir les choses ou les gens tels qu’ils sont, mais tels qu’ils pourraient être. Eliminer de sa pensée, les « “ impossible » ”, « “ ça ne marchera jamais » ”, « “ ce n’est pas pour moi » ”, « “ inutile d’essayer » ”... Penser « “ aujourd’hui » ” et non « “ demain » ”, ou « “ la semaine prochaine » ”, « “ plus tard » ”, “ « un jour » ”, « “ peut-être », ” qui signifient bien souvent « “ jamais » ”. Tenter d’améliorer chaque jour dans sa vie personnelle et professionnelle mille choses de 1% plutôt qu’une de 1 000%. Ciseler chaque jour un détail de son métier de base. Et quand on entreprend, se rappeler que toutes les grandes entreprises ont un jour commencé par être petites.
Attention tout de même qu’ils ne nous détournent pas de l’immédiat, qu’éclairés par un futur que mieux vaut toujours rêver grand et beau, nous oublions que c’est sur le présent qu’il faut concentrer ses efforts.
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