EPILOGUE
La victoire en changeant
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Faut-il pour autant baisser les bras et ne pas aller au bout de son rêve, renoncer à y créer son entreprise ? Certes, non. Mais mieux vaut le faire en toute connaissance de cause. Etre prêt à affronter d’innombrables chocs, et vivre autant de ruptures. Accepter l’imprévisibilité de chaque instant, et faire de l’incertitude une règle de vie. Savoir que le meilleur, comme le pire, peut survenir à tout moment. Chaque matin, savoir importer de l’angoisse et exporter de l’enthousiasme, que l'on en ait envie ou non. Que l’on s’en sente capable ou non. Avoir un mental à toute épreuve et être prêt, en tant que dirigeant, à cristalliser les attentes et les projections de ses salariés, de ses clients et de ses actionnaires. Etre souvent capable de faire ; à faire une chose et son contraire, soit autant d’acrobaties qui menacent l’équilibre personnel. selon l’acrobatie quotidienne. Savoir enfin préserver son équilibre personnel, et résister à l’obligation de disponibilité permanente qu’imposent les téléphones mobiles, les emails et autres ordinateurs portables, qui ont définitivement aboli toute frontière entre le bureau et la maison.

Réaliser que la France et les Français ont une relation malsaine à l’échec, et que la culture dominante y est celle de la garantie et de l’acquis plutôt que celle du risque et de la ténacité. Savoir que l’Etat ne cesse de vouloir réformer les entreprises, sans jamais parvenir à se réformer lui-même (la moindre manifestation ou grève d’envergure mettant immédiatement fin à toute velléité de changement). Endurer la complexité administrative, fonds de commerce de politiques et d’énarques qui n’ont jamais entrepris, ni de près ni de loin. Se préparer à être harcelé par une administration toute puissante qui n’offre à l’entrepreneur qu’un statut douteux. Savoir que l’on ne sera ni aimé, ni reconnu, car ici, bizarrement, ce ne sont pas les entreprises qui créent des emplois, mais des mesures politiques généralement à courte vue, imposées par des gouvernements toujours méprisants, toute solution devant obligatoirement venir de l’Etat.
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Chacun retiendra probablement de ce livre ce qui l’aura plus particulièrement touché.
Par ce livre, nos collaborateurs, tout occupés qu’ils sont à leurs nombreuses tâches quotidiennes, réaliseront peut-être qu’ils ne taillent pas des pierres, mais participent chaque jour à une construction commune dans laquelle nous nous voulons qu’ils se sentent bien. Les commerçants et les restaurateurs se rappelleront que rien dans leur métier n’est difficile en soi. Ce qui est difficile en revanche, c’est de trouver les bons emplacements et de faire en sorte que tout y marche bien en même temps.Les commerçants et les restaurateurs se rappelleront à quel point les bons emplacements et la bonne marche du service sont fondamentaux. Les entrepreneurs obsédés par le contrôle capitalistique de leur entreprise, préférant toujours l’endettement à la dilution, ou la pleine propriété à une croissance express, s’apercevront que l’on peut rester maître chez soi tant que l’on parvient à enthousiasmer ses clients et à satisfaire ses actionnaires.Les entrepreneurs obsédés par le contrôle capitalistique, l’endettement et la pleine propriété s’apercevront que l’on peut rester maître chez soi si l’on parvient à enthousiasmer clients et actionnaires.
Les créateurs de concepts rêvant de construire une chaîne du jour au lendemain s’efforceront peut-être d’en expérimenter d’abord un en grandeur réelle, puis plusieurs maillons solides et profitables avant d’entraîner derrière eux investisseurs ou franchisés.
Ceux qui « “ ne supportent plus leur vie » ” arrêteront peut-être de se plaindre pour passer à l’action, tandis que les velléitaires et les sceptiques de tous poils admettront que l’avenir ne se prédit pas, mais se prépare.
Les banquiers réaliseront peut-être le gâchis qu’a provoqué depuis vingt ans leur habitude chronique d’abandonner les entrepreneurs au milieu du gué, jetant à la rivière les millions d’emplois qu’ils auraient pu créer si on les avait accompagnés, ne serait-ce qu’une étape plus loin. La seule étape vraiment indispensable. Mais liront-ils seulement ce livre ?
Les quatorze millions de Français qui disent rêver de créer leur entreprise comprendront peut-être que rien ne serait jamais entrepris s’il fallait d’abord trouver des réponses à toutes les objections. Et qu’un bon projet aujourd’hui vaut mieux qu’un meilleur demain.Espérons que le personnel politique hexagonal y trouvera matière à de nouvelles ambitions à long terme, puisque la politique se veut dans notre pays l’expression de la volonté collective. La fierté et le sentiment de supériorité sont pour les Américains un excellent facteur de confiance, qui crée le rêve et engendre le dynamisme. Pourquoi la France ne deviendrait-elle donc pas à son tour le symbole d’un « “ rêve européen » ”, tout aussi efficace que le « “ rêve américain » ” ?
Tous enfin retiendront, j’espère, « “ qu’en affaires, comme en amour, l’important, c’est d’aimer » ”, comme nous l’écrivions déjà en 1986 dans « “ Service compris » ”, et que le rêve est toujours plus fort que la réalité. Il peut abattre des montagnes, à condition de ne jamais lâcher prise. « “ La persévérance, c’est comme les essuie-glaces » ”, m’a dit un jour le dirigeant fondateur d’une entreprise qui me racontait son parcours du combattant. « “ Ca n’empêche pas la pluie de tomber, mais ça permet d’avancer. » ”
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La survie de notre entreprise tient sans doute beaucoup à ce cocktail improbable. Mais aussi à ce que l’on pourrait appeler la « Columbus Attitude », un état d’esprit que je rêve de voir un jour partagé par tous nos collaborateurs. Un mélange d’enthousiasme (du grec « en-theos », avoir un Dieu en soi), de modernité, de ténacité, de passion et de tolérance. Un état d’esprit qui pousse à vouloir toujours faire plaisir aux autres. La survie de notre entreprise tient sans doute beaucoup à un cocktail improbable. Mais aussi à un état d’esprit que je rêve de voir un jour partagé. Un mélange d’enthousiasme (du grec “ en-theos ”, avoir un Dieu en soi), de modernité, de ténacité, de passion et de tolérance. Un état d’esprit qui nous pousse à vouloir toujours faire plaisir aux autres. « “ On ne fait pas le bonheur des gens malgré eux » ”, prévient aime rappeler souvent mon oncle Raymond Weil pour exprimer que chacun est, et doit rester, maître de son destin, pour le meilleur ou pour le pire. Il a raison. Je partage bien sûr avec lui cet enseignement du dicton, bien sûr. comme en témoigne abondamment ce livre. Mais cela ne m'empêche nullement pas d’avoir un grand cœur, et d’aimer imaginer chaque jour d’innombrables petites attentions pour les autres.
J’ai d’ailleurs mis longtemps, pour cette raison, avant d’aller voir “ Le fabuleux destin d’Amélie Poulain ”... qui m’a finalement séduit par sa fraîcheur et son optimisme. Comme beaucoup, j’ai été ravi de constater que les bons sentiments peuvent encore, malgré tout, attirer autant de spectateurs dans les salles obscures que les explosions en série “ Made in Hollywood ”. En mélangeant la poésie et le rêve aux effets spéciaux, Jean-Pierre Jeunet a visé juste.
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