PREFACE
« Il y a toujours mille soleils à l’envers des nuages. » Proverbe indien

Columbus Avenue, Manhattan, juillet 1993. La chaleur moite qui m’attend à mon arrivée me rappelle combien la « “ Grosse Pomme » ” peut être étouffante quand revient l’été. Le vol Air France 003 Paris New York vient à peine de se poser sur les pistes de Newark Airport, et me voilà déjà en train d’arpenter les rues de l’Upper West Side, toutes antennes dehors, à l’affût des vibrations et des tendances du moment. Croisant les doigts pour dénicher l’idée qui va me permettre de conquérir de nouveaux territoires. Je ne sais pas pourquoi, mais je sens que cette ville qui m’a toujours porté chance me prépare à l’un de ces signes d'un nouveau rendez-vous avec le destin dont elle a le secret.
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Mais revenons quelques instants à Manhattan... plus précisément à l’angle de la 67ème rue et de Columbus Avenue. Chemises blanches, cravates sobres et bretelles estampillées « yuppies » ”, les cadres de ABC News et leurs consoeurs féminines en jupes noires et baskets blanches (pourquoi faire chic quand on peut faire confortable ?) qui travaillent dans l’immeuble voisin forment une longue file d’attente devant un lieu qui attire immédiatement mon attention... tant il ne ressemble à rien de connu !
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Des tas de souvenirs me reviennent alors à l’esprit, et tout particulièrement ce soir de décembre 1982 où je m’étais retrouvé à la rue, sous la neige de New York, assis sur ma malle, après avoir été évincé de l’appartement que je sous-louais à quelques blocs de cet endroit. Bien que délesté de toutes mes économies de l’époque par un propriétaire sans foi ni loi, je crois que c’est à ce moment-là que je suis tombé amoureux de cette ville, qui me récompense et se rattrape aujourd’hui en m’offrant cette parenthèse d’une rare qualité. Une sensation de bien-être m’a envahi. Je n’ai qu’une envie : revenir en fin d’après-midi pour une autre boisson, glacée cette fois, mais toujours aromatisée. Je retournerai chez Coopers plusieurs fois par jour pendant mon séjour, fasciné à chaque fois par cette impression de vivre hors du temps, un moment privilégié et réconfortant dans une ville qui sait rendre la vie misérable à ceux qui la courtisent ou ambitionnent de la conquérir.
Je ne sais pas encore alors que le concept que je découvre va changer ma vie. Une question commence à m’obséder, moi qui prend rarement plaisir à rentrer dans un café en France. ...Pourquoi « “ Coopers Coffee » ”, et pas le « “ Café du Commerce » ” ?
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Septembre 1994. Un an plus tard, au terme d’un marathon aussi excitant qu’éprouvant, nous ouvrions nos deux premiers points, l’un à Paris et l’autre à Lille. L’enseigne « “ Columbus Espresso Bars » ” était née, mais nous ne savions pas encore qu’elle allait à ce point faire basculer nos vies tranquilles d’auteurs et de conférenciers à succès. Nous ignorions surtout que nous allions traverser une zone de turbulence d’une force inouïe, dont il nous serait impossible de ressortir indemnes. Une à une, chacune des fondations prétendument solides de nos vies personnelles et professionnelles allait s’effondrer sous nos pieds. Un douloureux apprentissage du vrai métier d’entrepreneur.
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